
Hold-up sur l’art commémoratif
Jocelyn Valton
Interview par Emmanuelle Fickt
E. F. - Un étonnant pastiche de tableau (dont la reproduction figure ici p. 3) est à l’origine de cet entretien. Mais avant d’en parler dites-nous pourquoi avoir écrit il y a quelques années sur une exposition de Nicole Réache qui est, selon vos termes, hors du champ de l’art ?
J. V. – J’ai en effet toujours considéré que ce qu’elle produisait (bien pire que les aquarelles de Hitler qui n’a pas peint et encore moins exposé les chambres à gaz de Treblinka ou Auschwitz) avait très peu d’intérêt. Soyons clairs : dans le cas que nous évoquons, nous sommes bien dans un territoire hors de l’art. En revanche, je trouve pertinent d’analyser les mécanismes de cette exposition en tant que phénomène anachronique et surréaliste (dans le plus mauvais sens du terme) en pleine commémoration de l’abolition de l’esclavage. Le rôle joué par quelques ‘‘intellectuels’’ et des personnalités de tous horizons, signant le catalogue et pris dans les filets de cette manifestation clairement révisionniste, est tout aussi étonnant que l’absence de réaction du corps social.
Ces divers acteurs sont d’ailleurs bien plus à critiquer que N. Réache qui a su avec habileté, épingler dans son catalogue, jusqu’aux signatures d’anciens indépendantistes, d’artistes, d’écrivains et même d’historiens patentés ! (Lire la suite…)

Martinique, 5 Février 2009 : L’artiste Joëlle Ferly improvise une performance en soutien au 1er jour de grève des syndicats martiniquais à l’ouverture de l’exposition « Entre-Vues » à la fondation Clément, espace d’art contemporain fondé par Bernard Hayot, richissime Béké de l’île à la tête du Groupe Bernard Hayot (GBH). © Photo : Nyaba Ouedraogo